la vie la mort l'amour les roses

Publié le par Flying Toxin

 

 

SARCOME  DE  KAPOZY

 

 

 

 

 

 

 

 

  

     

Ma dernière journée d'homme libre et insouciant se passa un samedi 5 mai.

 

 

     Au matin de ces ultimes heures, après un réveil réussi (c'est à dire sans état confusionnel) par la grâce d'un Dieu enfin en empathie avec moi, je pris un petit déjeuner qui savérera être le dernier normal de ma trop courte vie de cinglé. Il y eut des tranches de brioches grillées, du beurre à 20 % de matière grasse (mais mérite t-on vraiment le titre de beurre quand on a ce goût d'eau gélatineuse ?) , des confitures industrielles et maison (trés bon à l'abricot, par ailleurs). Je me permettrai de ne pas narrer ici une suite d'événements qui ont l'air de n'apporter strictement rien au récit qui suit, mais qui en fait participent tous à cette existence : ce n'est que lorsque les moments banals s'éteignent que nous nous rendons compte de leurs prix. Mais cette narration là menacerait d'être trop longue.

 

    Bref, lorsque le véhicule diesel, qui me sert de véhicule, me déposa sur le parking de l'établissement scolaire où je travaille (travaille étant un mot bien fort pour l'activité que j'y développe, selon une majorité de vrais Français, mais bon ...)  j'y entrai (dans l'établissement, pas dans le véhicule puisque j'en sortais). Aprés quelques frottis-frottas d'épidermes plutôt féminins, parfois même extrêmement doux, parfumés et troublants, je pris sur moi d'exercer mon métier face à (et parfois avec) quatre groupes de moussaillons et de moussaillonnes, pas toujours trés câlins ni câlines il faut le dire.

 

 

     Pour le premier, emplis de boutonneuses et de boutonneux tantôt pré tantôt absolument pubères, il s'agissait de développer quelques idées fortes sur la sexualité humaine. Je retiendrai de cette heure, une question essentielle : "m'sieur ! pourquoi on s'astique le poireau ?" La réponse permit aux jeunes mâles de constater que leurs camarades femelles n'avaient pas tout à fait le même point de vue sur la question : ce n'était pas un sujet qu'on abordait aussi facilement chez elles, on ne mesurait pas la profondeur de son vagin avec une régle comme les garçons, sauf une d'entre elle qui déclara que "chez les filles, quand on appuie sur le petit bouton, ça fait du bruit" Je le consatatai en effet illico : ses paroles produisirent beaucoup de bruit dans la salle, et même sans appuyer sur son petit bouton d'ailleurs.

 

 

     Le second groupe s'avéra être un copie du premier à la différence près que la question qui fusa au départ fut : "Mais combien les filles, elles ont de trous ? Et si on se trompe ?" Je constatai, comme d'habitude, que la représentation de l'acte sexuel est souvent soumise aux images video. Bref, il faut rassurer les garçons sur la taille de leur sexe et affirmer aux filles que brailler "OH  OUI  AH  OUI  OUIIIIIIIIII", n'est pas une norme sociale ou physique mais une norme cinématographique du métier de hardeuse (Ouah putain, m'sieur, c'est un métier de tirer des coups ? 'tain ça l'gére grave m'sieur ! on est payé combien ? ) Je constatai aussi que la question de la sodomie évoquait visiblement quelques choses à certains enfants. Ma femme justement ce jour là, avait fait le même constat ... on s'interroge sur le sens à donner à ces expressions indéfinissables et bizarres...  

 

 

     La récréation qui suivit, fut le moment de la rencontre avec mon élève préférée de troisième. Que voulez vous, je préfére vraiment les brunes.  Elle, elle est blonde, mais ça compte pas. Elle vient m'entretenir de ses poneys, de mes enfants, des carambars qu'elle engloutis à une vitesse folle et en quantité vertigineuse. Bref, elle est raide dingue de moi  c'est clair. Moi aussi, d'ailleurs, je suis raide dingue de moi. Ce fut elle qui m'appris le décés de Grégory Lemarchal, gagnant de la starac 4 ou 5. Et ses causes. Elle aussi a de fortes chances de mourir avant vingt ans d'une maladie génétique rare. Qui a déjà commencé à la rendre hémiplégique. Alors on parle, avant de mourir, elle pour vivre, moi pour profiter de quelques soleils.

 

 

     Dans les escaliers, je déclare à la prof d'espagnol qu'elle a des jolies lunettes : elle me rétorque : "pauvre con, ya deux ans que je les ai" . Pourquoi me dit-elle ça  ?  Je ne suis pas pauvre. Pas encore du moins. Je l'aime bien, ma petite prof d'espagnol. J'aimerai bien aussi quelle soit heureuse.

 

 

     Le troisième et le quatrième groupe, justement, m'assaillent de questions concernant monsieur Lemarchal. Donc je me permets de laisser le programme de côté pour parler de la muscoviscidose, de la vie et de la mort (ce jeune homme a bien réalisé son rêve, lui, avant de disparaître) des greffes et dons d'organes ( M'sieu, si on donne son corps et que l'autre il est sauvé, alors, on est toujours vivant dedans lui ? M'sieu si par exemple, moi je donne mon coeur, est-ce qu'on reste amoureux si je suis mort ?)  Est-ce que les réponses sont plus importantes, pour la construction des ces enfants, que le cycle de la matière que je ne finirai pas en juin ? Et pour leurs parents ? Et pour monsieur l'inspecteur ? De toute façon, je m'en fous un peu, je sais déjà au fond de moi que c'est ma dernère journée : demain je vais mourir.

 

 

     Profitons en donc, que diable ! Fin des classes, tout le monde sort. Devant moi marche la jeune assistante d'éducation.  Maître Soleil est avec moi quelques instants : il déchire les nuages et inonde le couloir. La mince silhouette de la toute jeune femme se découpe en ombre chinoise et se déplace avec une grâce touchante. Je le lui dit, elle ne sait plus où se mettre. Il est bien le médicament que je prends : je dis n'importe quoi à n'importe qui ( j'ai même failli faire la bise à la principale , c'est le grand chef pour ceux qui connaissent pas ) et ça me fait rire.

 

 

    De là, direct dans la maison. Repas en grand n'importe quoi, entre celui qui revient du boulot, celle qui revient du marché, ceux qui sortent de leurs lits ou de leurs petits déj, on réussit à avaler des steacks congelés décongelés, des frites itou et un dessert aussitôt pris aussitôt oublié.

 

 

 

     On embraye sur le gymnase. Il ne faut pas aller au gymnase, parce que là ça donne ça : Hé dis donc, Yves, les jeunes y peuvent mettre leurs vélos dans le coin là ? Ya Tata qui veut pas, va lui dire toi ! Hé Yves faut que je te parle : l'année prochaine vu ma blessure  je ne suis pas sûr de reprendre le hand ! Hé Yves, faut aller chercher le mini bus, tu t'en souviens ? Hé Yves, pour le match d'il ya quinze jours et qui a été reporté, est-ce qu'on est obligé de prendre la même équipe ou on peut changer ? Hé Yves, j'ai perdu la clé du gymnase, comment on fait ? Hé Yves, ya Laetitria qui est partie avec les ballons mais elle a oublié les maillots ! Hé Yves t'es pas encore parti ? tu vas être en retard, comme d'hab, charlot ! Ah ah ah  !

 

 

 

     Effectivement, comme d'hab. Mais là c'est interessant, parce que l'équipe que j'entraîne est en passe de devenir championne de département alors qu'ils sont tous plus jeunes que leur catégorie d'âge. Donc quand ça devient difficile, ça devient interessant ! On est que sept contre onze, on est en retard. Mais on gagne encore parce qu'on joue avec intelligence. Je veux dire qu'ils apprennent à jouer comme je le leur conseille. Rendons à César ce qui m'appartient !

 

    Retour at home à vingt heure passée (on allait trés loin cette après midi là ) : Hé Yves/Papa tu veux aller au cinéma avec nous ? dépêches toi, on part dans diix minutes.

 

 

     Chuis pas allé au ciné.

     Chuis retourné au gymnase pour prendre les derniers résultats, les mettre sur le site de la fédération, commencer à mettre à jour le site du club.

    Après dodo.

    Même pas crac crac.

    Trop fatigué par ma dernière journée d'homme libre et insouciant.

Le lendemain,  6 mai 2007, je suis mort du Sarcome de Kapozy à vingt heures

Pas Kaposi, Kapozy : c'était mon dernier piteux jeu de lettres

 

Je vais apparaître pour ce que je paraîs être : un météque, sûrement communiste, en tout cas fonctionnaire, voire peut être juif en plus ?

Ainsi en a décidé le peuple de France.

Adieu

 

 

 

 

 

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Publié dans En vrai

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Commenter cet article
M
même après presque deux mois j'ai toujours autant de mal à accepter, en fait j'accepte pas,<br /> j'ai sorti mon sac à dos et mes chaussures de marche... et je repars sur le Chemin... Là je suis sûre que je risque pas de le rencontrer le "naboléon"... le vent la pluie le soleil ... la poussière et les cailloux du chemin sans une nuée de photographes, ça il connaît pas, non !<br /> Cette fois ci je pars longtemps... je sais même pas quand je reviens, ni même si je reviens...<br /> Alors avant de partir (dimanche matin) je voulais te faire une bise qui sent bon et te dire tout le bien que je pense de toi...<br /> Bisous de la Pèlerine
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F
Tu sais quoi ?<br /> J'a JAMAIS feuilleté un Penthouse de ma vie !<br /> Je suis content que Mina soye passée par là !<br /> merci Mina Mour de Mavie (elle est noble à la peau soyeuse)
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R
Mina est venue te voir et pas moi…Je vais de ce pas me suicider en prenant ma carte a l’ump… Adieu monde cruel !<br />  <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> PS : Je te lègue ma collec de Penthouse,         je sais que tu en feras bon usage…<br />  <br />
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M
Toc toc? y a quelqu'un?<br /> Nan, je suis toujours en vie! <br /> Quelles nouvelles beau brun?<br />  
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K
Tu vois qu'il y a des éveils confusionnels qui peuvent durer 5 ans!
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